Procès Vaubulon

Copies ou extraits de lettres du gouverneur VAUBULON
contre le père Hyacinte

2.418

Copies ou extraits de quelques lettres de Monsieur de VAUBOULON
Gouverneur de l'île Bourbon à Messieurs de la Compagnie
Contre le père HYACINTHE Capucin

Il semblerait que je prévoyais ce qui arrivait à l'égard du capucin que
vous avez fait nommer pour cette île, et que non seulement ils voudraient
vivre à leur manière qui est ci leur particulier, sans faire aucune fonction
de Missionnaires, mais encore qu'ils voudraient faire toutes choses
suivant leur caprice et indépendamment de moi, je ne vous ai que trop
parlé du père HYACINTHE, de l'envie qu'il eut de nous quitter au Brésil et du
mystère qu'il y eut de lui faire achever le voyage, je ne vois ai que trop
parlé de son ignorance qui est telle qu'il ne peut qu'à peine lire,
bien loin de parler d'enseigner et prescher, je n'ai pu même empêcher
le sobriquet qu'on lui a donné qui est «desorteque» parce qu'effectivement
dans la conversation, il ne peut dire deux mots, que le troisième ne soit
«de sorte que», il a une telle passion de demeurer à St Paul, qu'il y est allé
sans m'en parler, d'où il n'est tenu qu'une seule fois à Ste Suzanne, il a
fait beaucoup valoir ce voyage, je demeure d'accord que les chemins sont
fort rudes, mais lui ayant voulu dire qu'on ne lui a fait faire que dans la
nécessité d'annoncer au peuple une espèce d'amnistie que je leur avait
donnée, et de leur faire demander pardon à Dieu de tous les crimes dont ils
étaient atteints, et pour les entendre à confession, même les obliger à se
réconcilier ensemble, ayant vu toujours en ennemis, et prêt de l'égorger
je lui dis que dorénavant je ne l'appellerais que dans de pressantes nécessités
sur quoi il me répondit qu'il n'y reviendrait plus et qu'il n'était pas mon
esclave pour aller et venir selon ma fantaisie, je lui répondis doucement:
quoi mon père, si le prêtre qui est ici était malade, vous nous
abandonneriez; il me répondit conservez le, pour moi je veux me
conserver et vivre dans notre maison, sans dépendre que de mes supérieurs.
Je lui dis, mais mon père, ne croyez-vous pas que dans des cas de nécessité
vous ne me déniez pas regarder comme tel, il me dit qu'il quitterait plus tôt
son habit que de dépendre d'un laïque, je lui dis mais mon père ne dépendez
vous pas du Roy et de ses ordres, il eut de la peine à me répondre, et me
dit que le Roi ne se mêlait pas des religieux, et que jusqu'à cette heure
il l'avait laissé en repos, je lui demandais s'il n'était pas dans l'île par
l'ordre du Roi, il éleva beaucoup sa voix et s'emporta me disant qu'à
la vérité il y avait quelque part, mais que sa mission venait.
Je lui demandais si ce n'était pas le Roi qui lui fournissait de quoi
vivre dans l'île, il me répondit qu'il s'y passerait bien, je lui demandais


2.419 S'il ne voulait pas de reconnaître et parler plus bas, que je lui ferais voir mes ordres, il témoigna que je lui ferais plaisir afin qu'il susse où s'en tenir, j'eus assez de complaisance pour lui lire l'article qui le concernait il s'expliqua selon son emportement et s'en alla toujours criant qu'il n'obéirait jamais à un laïque, et qu'il écrirait en France, et qu'il serait mieux cru que moi, Son emportement fut si grand qu'il partit pour s'en retourner à St Paul sans vouloir dîner, et n'ayant pris qu'un verre de vin que je lui avais versé de ma propre main le matin même, il emporta la clef de la chapelle. Voilà la pire vérité. Dieu qui voit et entendit tout, sait que n'ajoute ni ne diminue, il ne sait aucun chant d'Eglise, et le peuple se plaisait à psalmodier et à chanter à la grande messe et aux vêpres. Il est trop âgé pour fournir aux fatigues d'une mission si pénible, et il aime trop son particulier pour être tout à tous, d'ailleurs il est sujet à l'inspiration, croit que toutes les penseurs et dessine qui lui viennent. Ce jour des mouvements du St Esprit, contre lesquels il n'écoute point de raison, véritablement il se vante de savoir parfaitement l'arabe, il le veut croire, et que même cette langue lui a fait oublier la sienne de temps à autre, il dit qu'il a quitté ses parents, son pays, et son couvent qu'il est bien malheureux de s'être laissé tromper, et d'être venu ou trouve tout le contraire de ce qu'on lui avait dit, à l'égard du Frère il a le plus d'esprit du monde il est de tous métiers, médecin et apothicaire, même il se mêle de panser les blessures, il voit tout le monde, et partout il y établit sa besace, il se tient assez correct. Je ne sais si cela durera, le père lui fait faire le catéchisme aux enfants tant il s'y connaît incapable. Jugez de la misère où nous sommes, puisqu'il faut que nos mystères les plus relevés dépendent d'un homme qui ne les entend pas, je n'ai pourtant pas voulu lui défendre, mais le l'ai prié de ne s'embarrasser pas trop à les expliquer, et de suivre seulement les teneurs du catéchisme, et se contenter que les enfants l'apprennent par coeur qu'un autre temps viendra qu'on leur apprendra par raison, il eut assez de peine à ajouter ce que je lui dis parce qu'il a bonne opinion de sa personne J'ai été encore bien heureux de ce que Dieu n'a pas permis que le feu Père Bernardin n'est pas arrivé ici, il m'eût encore fait plus de peine, c'était un esprit factieux et était turbulent et emporté. J'ai trouvé des habitants qu'on eût en peine de retenir, tant ils étaient irrités contre lui, il ne gardait aucune mesure, il troublait tout ordre, ou pour mieux dire, il n'y connaissait point selon son caprice. Il élevait les uns, et dégradait les autres, il battait et blessait même, et je n'eusse jamais cru qu'un homme de sa profession eût été capable de ce qu'il a fait, il distribuait ici les marchandises de la Compagnie à son gré, et à qui bon lui semblait, sans
2.420 quelque fois les faire payer que pour en retirer le prix, puis il disait que si on lui demandait compte un jour, que pour toute réponse il enfoncerait sa tête dans son froc, et retournerait dans son couvent et se moquerait ainsi de tout. Je croyais en avoir trop dit sur le chapitre du Père Hyacinthe, mais la vérité me contraint de parler, et le chagrin que j'ai de voir que le seul homme que j'ai ici qui devait faire toute ma consolation, tant par sa conversation que par le concert qui devrait être entre nous, pour la conduite spirituelle et temporelle de ce peuple, j'ai le malheur de le voir opposé presqu'à tout ce que je veux, c'est en solitaire que je ne vois que quand il dîne à ma table, où il mange en capucin sans rien dire, puis s'en va quand je l'ai prié d'appuyer mes ordonnances auprès des habitants, il s'en est défendu disant qu'il ne se mêlait point d'affaires, ayant vu l'ordonnance que j'avais envoyée à St Paul, il s'est avisé sans m'en rien communiquer en particulier de dire à ses prônes lui qui n'y avait jamais fait que celui qu'il lit dans son livre, que j'étais bien hardi d'entreprendre sur le spirituel, qu'il était le chef de son église et qu'il ne permettait jamais que laïque se mêlasse de son ministère. Enfin s'il eut été plus éclairé et plus éloquent, il eut fait ses efforts pour empresser les habitants d'obéir à mon ordonnance, ignorant qu'un gouverneur et un juge, puisse connaître du spirituel, et donne des ordonnances de police pour obliger le peuple à assister au service divin. J'ai assez de modération pour ne lui en rien témoigner, et je n'ai par eux qu'une impertinence de cette nature, méritasse de s'être relancé, si ce n'est après de tous ces messieurs qui êtes des juges équitables, pour vous marquer que si j'étais assez hardi pour diminuer quelque chose que si je faisais quelque entreprise, ou pas de clair, ce bon homme ne ne le pardonnerait pas, et que dans la suite, il me discréditerait, s'il pouvait et pousserait les choses dans un excès qui serait capable de causer une sédition, je vous le dis sans chaleur, Messieurs, mais l'ignorance jointe à une trop grande dévotion et solitude, peut causer de grands maux, j'espère que vous aurez la charité d'y pourvoir, d'ailleurs je vous dirai qu'il commence à se plaindre qu'il n'a pas de vivres, et se joint aux habitants qui sont d'ailleurs fort chagrins de ce que je leur ai défendu de chasser, cependant j'ose vous assurer que depuis qu'il est dans l'île, il n'a pas dépensé un sol des cent écus que le Roi lui a fait donner, qu'il a toujours vécu à ma table, ou au dépends
2.421 des habitants, plusieurs s'étant joints à St Paul pour lui fournir à manger et que par dessus tout cela, je leur ai fait de ce que j'ai pu lever sur les habitants, pour la pension qu'ils avaient promises au Sieur CAMENHER prêtre qui fut un moyen dont je me serai pour tâcher de ramener les dits habitants qui rebutés de la mauvaise conduite du Sieur CAMENHER ne voulait plus rien payer pour sa subsistance, enfin Messieurs je prévois que c'est un moine qui sous un bel extérieur de dévotion, veut être à charge au Roi et aux habitants et qui en établissant la besace prend des mesures pour diminuer mon autorité et les faire soutenir le sieur HOUSSAYE l'aura appris tant par d'autres que par moi, mais je doute qu'il vous en parle, parce que j'ai connu qu'il s'est mis de la cabale de vos officiers, pour se venger de ce que le plus honnêtement du monde lui ayant vu administrer le baptême, et qu'il y était peu versé je lui dis en particulier que ces sortes de cérémonies faisaient de la peine, et que pour les éviter, il fallait leur prévoir quelque temps avant de les faire il n'a pu me pardonner, et dans un de ses emportements il a dit qu'il avait fait en Turquie plus de dix mille baptêmes. Je n'ai pu encore m'empêcher de lui dire qu'un particulier m'était venu prier d'être le Procureur d'une confrérie de Notre Dame des Anges, et que je le priais de ne pousser par cette affaire plus loin, que nous avions assez de la confrérie de Notre Dame du Mont Carmel, quoiqu'elle eut été établir par un moine portugais et qu'il s'y faisait bien des choses qui n'étaient pas selon l'usage de France, de plus je lui parlais de deux miracles établis dans l'Eglise de St Paul, par le Sieur CARMENHER prêtre, d'une femme portugaise qui fit l'effort pour marcher sans béquille, et cria «Miracle», et d'une autre qui était en peine d'enfant et qui dit avoir été délivrée par le scapulaire, sans fondement, sans jugement ni mesures. A cela le père me répondit qu'il était surpris que j'eusse aperçu une béquille ou potence, et un enfant de cire ? qui sont pendus à la chapelle du Mont Carmel, que pour lui à peine se souvenait-il, qu'ils y fussent, pour un chef de son Eglise, vous pouvez en examiner la réponse puis je lui demandais s'il savait d'où tenait qu'on avait changé la dédicace de l'Eglise qui avait été faite originairement sans l'évocation de St paul, et qu'à présent qu'on prétendait qu'elle était pour l'invocation de l'Immaculée Conception, il me dit qu'il ne se mettait par tant de peine que moi, et qu'il avait oui dire que le père BERNARDIN l'avait fait. Je me contentais de lui dire qu'ALEXANDRE XII avait défendu qu'on ne prêchasse ou enseignasse le contraire de l'Immaculée Conception, mais que je lui soutenais au péril…
2.422 de manière qu'en France, il n'y avait pas une paroisse de ce nom, et que ce n'était pas l'Isle Bourbon qui devait donner la loi au Royaume et que nous devions tenir à homme de la tenir de lui, et de la suivre. Toutes ces choses l'ont tellement irrité et il s'est si fort déclaré pendant le séjour du Sieur HOUSSAYE, qu'il a retranché quelque honneur qu'il me faisait à l'Eglise, qu'il ne veut plus voir les habitants qu'il me croit affectionner, et cela si ouvertement, qu'il les traite d'espions, enfin Messieurs si je n'avais par la grâce de Dieu et de bons principes de religion, ferait peine à mes services pour confesseur, il ne laisse pas de manger toujours à ma table, mais ainsi que je l'ai dit au commencement et je puis le dire sans vanité, si j'étais aussi emporté que lui, nous ferions de grands désordres, ce qu'à Dieu ne plaise. A l'égard du Père Bernardin il ne faut pas s'étonner s'il a fait des pas de clerc, il était encore fort peu éclairé, je vous envoie copie d'un contrat de mariage qu'il avait dressé, et qu'il avait signé, où vous verrez que la femme n'a pas parlé, ni donné son consentement, et où il se sert de père et de mère putative, sans prendre garde que nous n'avons jamais eu, qu'un père putatif qui a été St Joseph, outre son peu de lumière on pourrait encore lui attribuer de la malice, et qu'il abusait de son ministère, je vous envoie la copie d'une lettre de ses lettres, par laquelle vous verrez qu'il avait eu envie d'établir le Sieur ROYER Gouverneur de l'Isle et d'en être seulement le ministre, pour obliger les habitants à reconnaître le Sieur ROYER en cette qualité. Vous verrez qu'il voulait refuser les sommes à des habitants s'ils eussent résisté à son dessein, et qu'il se retirait souvent dans une case qu'il s'était faite à un lieu qu'on appelait «les Avirons», éloigné de dix lieues de St Paul, afin de se cacher et faire acheter aux habitants l'avantage de faire leur dévotions, il avait déjà établi le dit Sieur ROYER chef de l'Isle. Vous voyez par l'adresse de l'inscription de sa lettre, écrite, qu'il lui a donné le titre. Je ne vous en dis pas d'avantage, mais en vérité le peuple est bien à plaindre quand il est si mal gouverné pour le temporel et le spirituel, et parce que Dieu m'a donné quelque lumière, et que dans des ordres j'ai le pouvoir d'y prendre garde, on se liguera et on soulèvera. Messieurs, il y va de l'intérêt de Dieu et de votre gloire, c'est à vous à y pourvoir. Je ne m'amuse pas à tout ce qu'on m'a dit. Je n'aurais jamais fait ce que je vous marque et signé, et trop bien prouvé, il avait aussi
2.423 changé le pavillon de place et qui désorientait les navigateurs et sur un fondement digne de lui, ayant mis une croix au lieu où était le pavillon disant que cela ferait voir que des chrétiens habitaient cette isle comme si le pavillon français ne marque pas être notre religion, et que non seulement des chrétiens le ?, mais encore des catholiques que Monsieur DELAHAYE Vice-Roi des Indes l'avait chassé de St Thomé, que ses supérieurs l'avaient voulu enfermé à Surate, et qu'il avait suivi à la nage le navire qui l'avait porté ici, qu'il avait résisté à Monsieur d'ORGERET pour lors Gouverneur et l'avait obligé à assembler les habitants pour leur faire voir ses provisions et obliger le dit père BERNARDIN de monter en vertu de quoi il prétendait entreprendre sur son commandement, et diviser l'isle, qui a abusé de la bonté du Sieur FLEURIMOND et qui s'était tellement rendu maître de son esprit que n'osant se faire instituer son héritier parce que les gens de sa profession ne peuvent succéder, il se fit nominer son exécuteur testamentaire, afin d'avoir toujours un prétexte de s'emparer de tous ses effets, c'était votre affaire de lui avoir demandé compte pour le rendre aux parents, ou pour vous récompenser du tort qui vous avait été fait. Renvoi Que le père ne me parlait que dans le dernier emportement, mais cette fois il passa jusqu'à l'excès et me dit cent choses cruelles, et que si le père BERNARDIN était arrivé en cette île, qu'il m'aurait bien fait voir du pays. Je lui dis qu'il avait connu que Dieu ayant connu l'injustice de leur dessein sans doute y avait pourvu, il me parla de cinq nègres qu'il dit que je retenais, qu'on me ferait bien rendre, et un boeuf que j'avais fait tuer. Je lui dis qu'il eût à me faire voir que le tout lui eût appartenu en son particulier, et sans la qualité de Gouverneur qu'il s'était attribué sans le consentement des habitants. IL s'emporta d'avantage et ce que je trouve qui passe le religieux, c'est qu'il me dit qu'il ne pardonnerait jamais à un matelot du St Jean Baptiste nommé Paul DESIREE que j'avais retenu auprès de moi pour commander les nègres et pour conduire notre chaloupe, parce que c'était lui qui avait châtié le nègre qu'il m'avait emmené, jusque là qu'il me dit que s'il n'avait pas assez de crédit auprès du capitaine du navire qui emmenait le dit Paul aux Indes, qu'il donnerait bon ordre que jamais il ne reviendrait des Indes. Je ne pus m'empêcher de lui dire que je ne croyais pas que ce fut là le sentiment d'un bon religieux. Il me dit que.
2.424 j'appelais en lui vengeances, ce que j'appelais justice quand je faisait punir quelqu'un, plus beau lui dire que la différence qu'il y avait de lui à moi et de son caractère au mien, devait le faire songer à sa conscience, il s'en moqua ? homme n'a jamais lu, ce que Messieurs de MARCA et HABERT ont écrit ? De consensus hiérarchie et monarchie il n'a jamais lu les ordonnances ni les cartulaires de nos Rois, et il ne sait pas la différence qu'il y a de conditor à exécutor et protector facundus, herminranne lui aurait appris, il fait encore moins qu'en la qualité que j'ai, je suis Ne? et arma ecclesiarum et virtus, il ne sait pas seulement son St Paul qui dit que nous, non sine causa gladium portare, ministri cum des sunt suum vindius J'abuserais de votre temps Messieurs si je ne vous disais sur ce sujet ce que je pense, il ne sait pas seulement que mes ordres portent que je dois rendre compte de sa conduite, il croit qu'il a le même pouvoir sur moi, quoique je lui donnerais volontiers
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