Procès Vaubulon

Lettre de RICQUEBOURG à FIRELIN

2.266
				8 juillet 1693
Monsieur,
La pré(sente) vous donnera avis que le 5 juillet au matin, le
Père a envoyé FONTAINE, MUSSARD, CADET et LÉVEILLÉ me demander
si je prendrais de mes parents ou d'autres personnes qui ne me
soient pas parents, si en cas Mr FIRELIN ne voulait pas être
le parrain de mon enfant, et que Mr FIRELIN n'y voit pas
à l'encontre des statuts que le Père avait faits, je leur ai
répondu que mr FIRELIN m'avait donné sa parole et que vous
aviez la mienne, et que je ne révoquait point ma parole
que si Mr FIRELIN ne voulait pas être le parrain de mon
enfant, il me le dira premier, que je me pourvoie d'ailleurs,
que je n'avais rien à leur répondre autre, jusqu'à ce que je 
sache de Mr FIRELIN s'il ne veut pas être le parrain de mon
enfant; pour lors je m'aviserai, et je ne voulais pas passer
pour ce que je ne suis pas; puis après, FONTAINE m'a demandé
si je n'avais point dit qu'il y aurait du sang répandu, je lui ai
dit que non, qu'il pouvait demander à MUSSARD n qui était là pr(ésent).
Si toute les fois que le Père l'avait envoyé chez moi me
demander de faire baptiser mon enfant, si ledit MUSSARD m'a
entendu dire que j'ai dit qu'il y aurait du sang répandu,
ledit MUSSARD a répondu que non, qu'il ne m'avait point
aucunement entendu dire que j'eusse dit qu'il y aurait du
sang répandu, je leur ai dit que l'on savait bien qui avait
parlé de sang répandu; j'ai appris que le jour de la St Jean-
Baptiste, devant l'église ou au proche d'où j'étais absent, 
quelque personne dit que St Jean-Baptiste avait été décollé
et répandu son sang pour une concubine, et s'il n'y en avait
point d'autre, l'on m'a dit que c'était LAUNAY qui avait cela
cela. C'est ce que j'ai appris le même jour de la fête St Jean.
Le même jour 5e du mois de juillet, sont encore venus chez
moi, FONTAINE et MUSSARD à l'heure de midi, pour me demander
qui je prendrai pour parrain et marraine de mon enfant, de mes
parents ou d'autres, et je leur ai dit que j'étais tous les jours dans les 
mêmes sentiments, comme je leur avais dit ce matin, marqué
ci-dessus, et qu'est-ce que le Père trouvait à redire aux
personnes que je lui avais nommées chez lui pour parrain
et marraine de mon enfant qui était Mr FIRELIN et Mariane
HOUARAUT me dirent que c'étaient les statuts, environ une

2.267 heure après midi le même jour, Mr LE ROY notre compère est aussi venu chez nous, et nous a dit que le Père Hyacinthe nous allait excommunier, moi et ma femme, à l'issud des vêpres, qu'il l'aurait fait le matin, mais qu'il attendrait encore jusqu'à vêpres, jusqu'à ce que notre compère Mr LE ROY nous eût parlé, et comme j'avais dit déjà toute l'affaire dès le matin à Mr LE ROY que mon sentiment était toujours le même, que je ne choisirais point d'autre parrain que celui que j'avais nommé au Père, et qu'il pouvait excommunier tant qu'il voudrait, que je ne l'appréhendais point et que les excommunications étaient pour ceux qui en avaient fait les cas, que pour nous, nous n'en avions point fait le cas, et à l'issue des vêpres, nous a excommuniés, moi et ma femme, et ST-HONORÉ, ce que l'on nous a dit qu'il nous avait dénommés. Voyez, Monsieur, si c'est là ce que doit faire un fidèle ministre de Jésus-Christ, comme il dit dans la deuxième épître de St Paul aux corinthiens, chapître six, dans le Nouveau Testament, il marque qu'un fidèle ministre de Jésus-Christ ne doit donner aucun sujet d'offense ou scandale, afin que son ministère ne soit point déshonoré «Nemini dantes ullam offensionem ut non vituperaturministerium nostrum». Nous avons appris par Mr LE ROY que vous étiez toujours dans l'espérance, comme nous sommes à notre égard de nous honorer d'être notre véritable compère, comme vous en ayant prié précédemment. C'est ce que j'espère, de vous en attendant d'avoir le bonheur de vous voir dans nos quartiers. Le Père à présent a jeté son plus grand feu et a ? ce qu'il ne devait pas faire voir au peuple, ses extravagances, comme il a fait voir jusqu'à présent. C'est ce que je vous puis donner avis, je vous envoie aussi ma lettre précédents qu'il ne vous fut pas tenue, ne sachant pas l'heure que le messager est parti, et étant parti nuitamment, laquelle est datée du 4e dudit mois, où vous verrez les derniers articles parce qu'il serait bon, lorsque vous serez ici, de lui faire faire toujours la demande du baptême pour l'enfant comme le parrain étant, lorsque vous serez ici, et nous verrons ou saurons après sa volonté. En finissant, je vous prie d'être persuédé de mes très humbles respects, et de me croire toujours Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur et compère, RICQUEBOURG.
2.268 A Monsieur, Monsieur FIRELIN Commis pour Sa Majesté Très Chrétienne en l'Ile de Bourbon Au Fort St Denis
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