Procès Vaubulon

Déposition de Robert du HALLE

1.025
Interrogation faite par nous Prévôt de la Marine au Port-
Louis et Lorient, au nommé Robert du HALLE, habitant de MASCARIN
Détenu prisonnier à la Citadelle du Port-Louis par ordre de Monsieur
De MAUCLERC, Intendant de la Marine au Port-Louis et Lorient.
                             
				Du 8e mars 1697





Son serment de dire vérité, ce qu'il a juré et promis faire,
Interrogé de son nom, âge, qualité et demeure,
Répond avoir nom Robert DU HALLE, forgeron de sa vacation,
habitant de MASCARIN, âgé de trente neuf ans, natif de la paroisse de
Pleudien, proche St Malo, de présent prisonnier dans la citadelle
du Port-Louis.

Interrogé s'il n'était pas de ceux qui saisirent Monsieur le
Gouverneur de ladite Ile pour le mettre en prison, combien ils étaient,
leurs noms, par quel ordre, et ce que l'on fit ensuite.
Répond qu'il est vrai qu'ils ont arrêté le Gouverneur par l'ordre du
Père Hyacinthe, Capucin de Quimper, parce que ledit Gouverneur les tyrannisait
Et qu'ils étaient quatre : Julien ROBERT dit LA ROCHE, 
Marc VIDOT, Jacques BARRIÈRE dit DEROCHER, et ledit Interrogé, et qu'en l'arrêtant,
il cria au Père de lui sauver la vie. Ledit Père ayant son aube à l'autel,
l'ôta et se tournant vers eux, leur dit: 'amarrez-moi ce voleur-là'  Ce qui 
fut fait par le nommé DE ROCHER, ce que les autres ne voulaient pas souffrir.
Ensuite, le Père sortit avec un bâton pour faire faire place, le fit mener
dans la maison où le Père le fouilla, et les habitants lui demandèrent dans
quelle chambre il le mettrait. Le Père répondit qu'il ne voulait pas qu'il fût
dans aucune chambre, mais dans le cachot où il fut mis, pendant que ledit
Interrogé était monté dans sa chambre pour y chercher son lit, et qu'il le
trouva dans le cachot, les fers aux pieds; dit de plus que le complot se fit
au couvent avec FIRLIN et le Père, le jeudi devant qu'il fut pris, parce que
lui et Jacques BARRIÈRE et un autre habitant nommé Jacques MAILLOT
étant allés saluer le Père chez lui, ils y trouvèrent ledit FIRLIN et ledit Père
Hyacinthe les réprimanda de ce qu'ils n'avaient pas arrêté le Gouverneur, parce que
il avait fait mettre un des habitants en prison, parce qu'il avait sonné la cloche
un jour de fête, à cause d'une ordonnance qu'il avait fait, que ceux qui
manqueraient à la messe ou à la prière paieraient six livres d'amende , ce qui fit
dire au Père : 'Qui est-ce qui pourrait l'arrêter?' vu que c'était un
Gouverneur, et qui en répondrait. Il leur répondit que, foi de Capucin, il en
Répondait et avait de bonnes ordres, et qu'il irait lui-même devant le Roi

1.026 pour répondre et rendre compte de ce que le Gouverneur avait fait dans l'Ile, et que Sa Majesté n'entendait point que les habitants de ladite Ile fussent pillés de la manière dont le Gouverneur les pillait, et que le Roi avait de grandes guerres à cause des Religionnaires et qu'il ne savait s'il ne l'était point; et que si ledit Père y avait été, il aurait arrêté ledit Sieur Gouverneur avec les ouvriers de la Compagnie. Ensuite, il envoya l'Interrogé à Ste Suzanne, et FIRLIN lui dit de dire au Sieur ROYER, capitaine du quartier, d'avertir quatre habitants pour venir aider à arrêter le Gouverneur, qu'il y avait longtemps que ledit ROYER le savait; ce que faisant, et ayant trouvé et parlé ledit ROYER, il lui dit d'aller trouver LA ROCHE, Jean MACASTE et marc VIDOT, et de leur dire de venir chez lui, ce qu'ils firent; y étant venus le lendemain au matin, et après qu'il leur eut proposé l'affaire, ils furent très contents de le faire, et se rendirent ce samedi au soir chez DE ROCHÉ, où le Sieur ROYER commanda les quatre de la part du Père et de FIRLIN, pour l'arrêter. Ce qui fit que le dimanche au matin, lesdits quatre hommes commandés furent trouver le Père qui leur dit ce qu'il fallait faire, qui était que lorsque le Gouverneur serait dans l'église, il ferait semblant de s'habiller pour faire l'eau bénite, qu'ils l'arrêtaient, et qu'il se déshabillait pour le faire conduire en prison, comme l'Interrogé l'a dit ci-dessus. Ledit ROYER s'étant emparé de la maison, après avoir été appelé par ledit FIRLIN qui avait deux pistolets à la main, et qu'après l'avoir mis dans le cachot, le Père s'en retourna à l'église, où il chanta le Te Deum, dit la messe, et fit tirer cinq coups de canon, et fit crier 'Vive le Roi!' en réjouissance de ce qu'il avait mis le Gouverneur en prison. Interrogé si après avoir emprisonné le Gouverneur, ils ne firent pas une assemblée où ils délibérèrent de faire un Commandant, qu'ils firent, et qui les obligea à le faire : Répond qu'ils ne firent point d'assemblée, mais que le Père fit Commandant ledit FIRLIN, le Père ne le voulant pas être, ce qu'il fit qu'il proposa ledit FIRLIN aux habitants qui le reçurent en partie, et que ledit FIRLIN y a resté environ deux ans, après lequel temps, le Père étant mécontent de lui aussi bien que les habitants, ils le destituèrent et lui ôtèrent le commandement. Interrogé s'il n'est pas de ceux qui ont jugé ledit nommé LA CITERNE, valet de chambre dudit Gouverneur, qui lui a fait casser la tête sous prétexte qu'il a voulu sauver son maître, et qu'il a menacé le Père Hyacinthe et FIRLIN de leur casser la tête, et qui les obligea à le juger avec tant de sévérité : Répond qu'il n'a point été de ces juges, mais lorsque les neuf qui avaient
1.027 été choisis pour le juger, l'eurent condamné, le Père prit la sentence, la fit apporter dans la chambre où étaient tous les autres habitants, qui ne voulurent point condescendre au jugement; il leur fit tous signer en jurant par la morbieu qu'il casserait la tête au premier qui ne la signerait pas, disant que le Roi ferait châtier tous les habitants s'ils ne voulaient pas soutenir l'Eglise, et ensuite le confessa ? et le fit mettre au poteau, et lui fit casser la tête par des habitants, et le fit enterrer. Interrogé quel sujet il a eu pour se révolter contre ledit Gouverneur, et pour avoir fait ce qu'il a fait à son égard, Répond qu'ayant trois ans qu'il était dans l'Ile à travailler pour le Roi et pour la Compagnie avant que le Gouverneur arrivât, ledit gouverneur étant arrivé, lui voulut ôter son habitation qu'il avait achetée aux habitants, lui voulant faire payer une seconde fois, ce qu'il ne voulut faire, et que ledit Gouverneur lui ôta quatre à cinq cents livres de fer qui lui appartenaient, ce que ledit Gouverneur lui voulant du mal, lui commanda, à lui et à d'autres, de faire un chemin de deux lieues de long, et avant, ledit Interrogé lui demanda permission de la part de tous les autres du quartier de tuer un cabri pour vivre, il leur dit que leurs noirs leur tireraient des patates pour eux, et l'Interrogé lui répondit que ce n'était pas la raison qu'ils fussent à travailler et leurs noirs à tirer des patates, et en- suite, il leur dit que c'était un travail du Roi et qu'il fallait qu'ils le fissent, ledit Interrogé lui dit qu'il avait servi par mer et par terre, et qu'il avait toujours été bien nourri et payé, et que le jour de St Louis ensuite, sans que le Sieur HOUSSAY qui était mouillé avec le vaisseau de la Compagnie Les Jeux à l'Ile, ledit Gouverneur lui aurait fait casser la tête, en ayant été averti par le Sieur de CHAMIGNY son lieutenant, et ce qui fit qu'il demanda audit Sieur HOUSSAY de s'embarquer, ce qu'il lui refusa, ayant trop de monde, ce qui fit qu'il dit au Sieur HOUSSAY qu'il s'en voulait aller à la montagne, et le Sieur HOUSSAY l'en dissuada et lui dit d' du Père Hyacinthe et de suivre ses conseils, et que ledit Interrogé aurait été par deux fois dans la chambre du Gouverneur, lequel lui voulait faire donner de l'argent par force, ou des hardes, et qu'en un mot, il lui prit tout ce qu'il avait, et c'est ce qui est cause qu'il s'est trouvé dans l'affaire de son emprisonnement, par ordre dudit Père capucin, dit de plus que la première chose que ledit Gouverneur lui a voulu faire faire, c'était de le faire servir de faux témoin contre le Sieur DUBOYS qui commandait Le Petit Saint-Jean, vaisseau de la Compagnie. Et sont ces interrogatoires, confessions et dénégations, lui lues de mot à autres Lequel a déclaré y persister et a affirmé véritables, et a signé, aussi signé Robert DU HALLE, DE MERVILLE et LOLMIER ( ?) Collationné par nous prévôt de la marine au Port-Louis ce 8e mars 1697 DE MERVILLE
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