Procès Vaubulon

Brouillons de lettre du gouverneur VAUBOULON à la Compagnie

Dans la séquences de brouillons de lettres les passages indiqués [...........] signalent des parties de textes non déchiffrés.
Les passages biffés le sont dans le documents d'origine.
2.0487

Il semblait que je prévoyais  ce qui arriverait à l'égard
des capucins que vous avez fait nommer pour cette Ile
et que non seulement ils voudraient vivre à leur manière
qui est en tout particulière, sans faire aucune fonction
de missionnaire, mais encore qu'ils voudraient faire
toutes choses selon leur caprice et indépendamment
de moi ; je ne vous ai que trop parlé du P.
Hyacinthe, de l'envie qu'il a eue de nous quitter au Brésil,
et du mystère qu'il y eut de lui faire achever son voyage.
Je ne vous ai que trop parlé de son ignorance
qui est telle qu'il ne peut qu'à peine lire, bien loin
de parler au public et de, d'enseigner et prêcher.
Je n'ai pu même empêcher le sobriquet qu'on lui a
donné, qui est "desorteque", parce qu'effectivement,
dans sa conversation, xxxxxxxx, il ne peut dire deux
mots que le troisième ne soit " de sorte que ".
Il a eu une telle passion de demeurer à St-Paul
que il n'est venu qu'une seule fois à Ste-Suzanne.
Il a fait beaucoup valoir ce voyage, je demeure 
d'accord que les chemins sont fort rudes, mais
lui ayant voulu dire qu'on ne lui avait fait faire
que dans la nécessité d'annoncer au peuple
une espèce d'amnistie que je leur avais donnée et
de leur faire demander pardon à Dieu de tous les
crimes dont ils étaient atteints, et convaincus,
et pour les entendre en confession, même les 
obliger à se réconcilier ensemble , ayant vécu
toujours en ennemis et prêts de se xxxxxxxxx, je lui dis que 
dorénavant je ne l'appellerai que dans des 
pressantes nécessités, sur quoi il me répondit
qu'il n'y reviendrait plus et qu'il n'était pas 
mon esclave, pour aller et venir selon ma
fantaisie ; je lui répondis doucement : " Quoi, mon 
Père, si le prêtre qui est ici était malade,
vous nous abandonneriez ?" Il me répondit : "conservez-le,
pour moi je veux me conserver et vivre
dans notre maison sans dépendre que de mes 
supérieurs". Je lui dis :"mais mon Père, ne voyez-
vous pas que dans des cas de nécessité, vous ne
me deviez pas regarder comme tel ?" Il me dit
qu'il quitterait plutôt son habit que de dépendre 

2.0488 d'un laïc. Je lui dis :" mais mon Père, ne dépendez- vous pas du Roi et de Ses ordres ? " Il eut de la peine à me répondre, et il dit que le Roi ne se mêlait pas des Religieux, et que jusqu'à cette heure, il l'avait laissé en repos. Je lui demandai s'il n'était pas dans l'Ile par ordre du Roi, il éleva beaucoup la voix et s'emporta, me disant qu'à la vérité, le Roi y avait quelque part, mais que sa mission venait de son Provincial. Je lui demandai si ce n'était pas le Roi qui lui fournissait de quoi vivre dans l'Ile, il me répondit qu'il s'en passerait bien. Je lui demandai s'il ne voulait pas se reconnaître et parler plus bas, que je lui ferais voir mes ordres, il témoigna que je lui ferais plaisir, afin qu'il sût où s'en tenir. Je lui lus l'article qui le concernait, il l'expliqua selon son emportement, et s'en alla toujours criant qu'il n'obéirait jamais à un laïc et qu'il écrirait en France et qu'il serait mieux cru que moi. Son emportement fut si grand qu'il partit pour s'en retourner à St-Paul sans vouloir dîner et n'ayant pris qu'un verre de vin que je lui avais versé de ma propre main. Le matin même il emporta la clé de la chapelle. Voilà la pure vérité, Dieu qui vit et entend tout sait que je n'ajoute ni ne diminue. Il ne sait aucun chant d' église, et ce peuple se plairait à psalmodier et à chanter à la grande messe; il est trop âgé pour fournir aux fatigues d'une mission si pénible, et il aime trop son particulier pour être xxxxxxxxxxxxxxxxxxx tout à tous. D'ailleurs il est sujet à l'inspiration, croit que tous les pensées et desseins qui lui viennent ce sont des mouvements du Saint-Esprit contre lesquels il n'écoute point de raison, véritablement il se vante d'avoir de savoir parfaitement l'arabe, je le veux croire, et que même cette langue lui fait oublier la sienne. De temps à autre, il dit qu'il a oublié a quitté ses parents, son pays et son couvent, qu'il est bien malheureux de s'être... trompé et d'être venu où il trouve tout le contraire de ce qu'on lui avait dit. A l'égard du frère, il a plus l'esprit du Monde, il est
2.0489 de tous métiers, médecin et apothicaire, même il se mêle de panser les blessés, il voit tout le monde, et partant, il y fait établit sa besace. Il se tient assez couvert, je ne sais si cela durera; le Père lui fait faire le catéchisme aux enfants tant il s'en connaît incapable. Jugez de la misère où nous sommes, puisqu'il faut que nos mystères les plus relevés dépendent d'un homme qui ne s'y entend pas. Je n'ai pourtant pas voulu lui défendre, mais je l'ai prié de ne s'embarrasser pas trop à les expliquer, et de suivre seulement les termes du catéchisme, et de se contenter que les enfants l'apprennent par coeur, qu'un autre temps viendra pour leur apprendre par raison. Il eut assez de peine à goûter ce que je lui dis, parce qu'il a bonne opinion de sa personne, et là il faut prendre quelques lignes rayées au bas de la page ci-derrière. J'ai été encore bien heureux de ce que Dieu n'a pas permis que le feu Père Bernardin n'est pas arrivé ici, il m'eût encore plus fait de peine, c'était un esprit factieux, il était turbulent et emporté qui avait partagé l'Ile, et j'ai trouvé des habitants qu'on eût eu peine de retenir tant ils étaient irrités contre lui; il ne gardait aucune mesure, il troublait tout ordre ou pour mieux, il n'en connaissait point selon son caprice. Il élevait les uns et dégradait les autres. Il battait et blessait même, je n'eusse jamais cru qu'un homme de sa profession eût été capable de ce qu'il a fait. Il distribuait ici les marchandises de la Compagnie à son gré et à qui bon lui semblait sans quelquefois les faire payer que pour en retirer le prix, puis il disait que si on lui demandait compte un jour, que pour toute réponse il enfoncerait sa tête dans son capuron froc et retournerait dans son couvent et se moquerait ainsi de tout. Je ne sais quel compte on vous a rendu par le passé, mais je suis assuré que de toutes les marchandises que nous avons débarquées en état d'être vendues vous n'avez perdu rien sauf enxx Je m'en fais xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx [.............] que vous perdez assez d'ailleurs par la faute d'un jurogne +++ Ce n'est pas que plusieurs quincailleries n'aient été entièrement gâtées et perdues, mais c'est la faute de ceux qui les ont embarquées, qui n'ont pas eu soin de les bien placer, ce qui a causé que nous les avons trouvées toutes rouillées, en sorte que j'en ai voulu faire nettoyer , tout s'est trouvé mangé et consommé de la rouille, grands et petits couteaux, aiguilles et épingles, et ainsi du reste. [.....] j'ai voulu pénétrer et savoir quel compte on vous avait * de ce que vous aviez envoyé pour garnir le magasin, * le commis et habitants m'ont dit que ses commandants en avaient * papier déchiré
2.0490 disposé à leur volonté, et que MM d' ORGERET et FLORIMOND * en avaient payé les habitants qui avaient travaillé pour le Roi J'ai demandé quels sont et en avaient mis une partie dans leurs bourses. J'ai demandé quels travaux on avait faits, on m'a dit que l'un avait fait détruire ce que l'autre avait fait. J'ai demandé par quelle voie ces Messieurs avaient quitté l'île, on m'a dit que M de FLORIMOND avait hérité de M d' ORGERET, et que M de FLORIMOND était mort dans l'Ile, et que c'était le P. Bernardin qui avait hérité de tous les deux et qui avait emporté le tout, que même c'était lui qui avait fait détruire dit un logement qui était considérable à Ste-Suzanne et qui avait beaucoup coûté [.................] Il n'y a pas de quoi me retirer ce qui a fait que je n'ai pu me résoudre d'y aller. Car à l'égard de M DROUILLARD, il n'a fait que plumer les habitants par des taxes qu'il leur faisait de temps à autre payer, des quinze livres par tête, les mangeant à être [..........................] et n'ayant jamais trouvé maison ayant vendu armes, poudre, plomb, chaloupe et tout ce qui restait dans le magasin. Il a encore beaucoup profité avec un forban et avec les Portugais. Il montra au Brésil plus de deux mille écus qu'il emportait, se vanta d'en avoir envoyé beaucoup d'autres à St-Malo et ceux du navire dans lequel il s'est embarqué [..............] mille écus dont il fit voir le billet. NDT : 12 lignes illisibles barrées en travers. Il me semble, Messieurs, que j'ai assez bien rempli votre attente, bien malheureux si quelque chose m'échappe, mais dans les différents endroits que ( j'assure ? ) je crois que j'aurai satisfait à tout ce que vous attendez pouvez souhaiter de moi, je n'ai osé écrire de toutes nos choses à M de SERQUIGNY. Je suis assez convaincu que vous lui diriez mieux que moi.
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